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Présentation
Stéphane Breton (Centre de Recherche et de Documentation sur l'Océanie (CREDO), École des hautes études en sciences sociales)
Résumé : © École des hautes études en sciences sociales AR UNE HABITUDE que déterminent nos propres conditions d'existence sociale, nous n'envisageons la monnaie que du point de vue d'un agent économique qui acquiert grâce à elle des marchandises sur un marché.Elle est indissociable de l'équivalence permettant d'expliquer pourquoi les biens sont échangés et selon quel rapport ; celui-ci détermine leur valeur économique.Dans la perspective classique, la monnaie est donc définie par l'échange, c'est-à-dire par une forme de réciprocité.C'est cette définition que les pratiques de certaines sociétés dites exotiques remettent en cause -elles qui ne voient dans la monnaie un moyen de l'échange que parce qu'il est d'abord l'objet d'un don.Au reste, dans l'univers capitaliste marchand lui-même, un fait vient compliquer le tableau.Comme le rappelle Bruno Théret (1998), c'est aussi avec de la monnaie que nous payons les dettes que nous encourons hors du marché, indépendamment du rapport d'échange des biens, lorsque nous sommes, par exemple, assujettis au tribut fiscal exigé par l'État.Dans l'économie moderne, la monnaie peut donc servir au réglement des dettes entre agents échangistes, mais aussi entre ceux-ci et la société.On sait d'ailleurs que le développement, sinon l'intrusion, des échanges monétaires dans les sociétés exotiques ou les paysanneries de l'Europe médiévale s'est produit à la faveur de l'obligation faite par la puissance coloniale ou royale de régler l'impôt dans la « monnaie courante », dont le champ de validité circonscrit un territoire coextensif à celui de la souveraineté politique (Piron 1996).La convertibilité des deux ordres -marchand et fiscaln'est possible que parce qu'ils s'inscrivent tous deux dans une organisation globale de la valeur : on ne peut rendre à la société, sous forme d'impôt, les ressources que l'on a prélevées sur elle qu'à condition que celle-ci accepte les produits qu'on en a tirés comme faisant partie de la division du travail (Aglietta et al. 1998 : 23).Le prélèvement fiscal est l'indice de l'articulation par la monnaie des fins individuelles aux fins communes.Elle n'est une expression de la valeur que grâce à la légitimité que lui confère sa réfèrence, parfois mystique, au PRÉSENTATION